St Loup, évêque († v. 478)



 

Saint Loup (ou Saint Leu)
Évêque de Troyes
(383-479)

Loup naît à Toul au sein d'une famille de notables dans un empire romain occidental de plus en plus menacé par les invasions venues de l'Est. Des Asiatiques issus des grandes steppes bousculent vers l'ouest de nombreuses peuplades germaniques. Celles-ci déferlent massivement dans le vieil empire romain aux frontières devenues poreuses. Dure époque marquée par le déclin et la destruction de la paix romaine. Les institutions civiles et militaires se décomposent. Les populations sont victimes des envahisseurs et de l'anarchie. L'Église , forte de la récente conversion chrétienne de l'empire romain, est elle-même menacée de décomposition par des hérésies. La plus grave, l'arianisme, niait la nature divine de Jésus.

Le fait le plus marquant du Ve siècle vécu par Saint Loup est la chute de l'empire romain d'occident, véritable séisme. La chrétienté tient bon. Elle surmonte ses divisions grâce aux "Pères de l'Église " qui structurent et unifient la théologie catholique. Un ordre monastique, celui de Saint Benoît, est fondé, peu avant l'essor des moines irlandais. Enfin, pour protéger les populations, des personnalités émergent dans la Gaule envahie, comme Sainte Geneviève, les évêques Saint Germain l'Auxerrois et Saint Loup de Troyes.

Ce dernier reçoit une excellente éducation. Son nom procède, à l'origine, d'une tradition animiste issue d'une époque alors récente où l'être humain était en contact étroit avec le monde animal. Le jeune Loup perd son père en bas âge. Un oncle l'adopte. Il devient avocat. Son éloquence et sa sagesse assoient sa renommée en Gaule. Il épouse par amour Piméniola à l'âge de 34 ans. Ils n'ont pas d'enfants.

Ils décident après sept ans de mariage de se séparer pour entreprendre chacun une vie monastique. Loup rejoint alors Saint Honorat, fondateur de l'abbaye de Lérins sur l'îlot de même nom près de Cannes. Il y demeure deux ans. Sorti de Lérins pour aller à Mâcon donner ses derniers biens, il poursuit sa vie ascétique, ne mangeant et ne dormant qu'une nuit sur deux, portant le cilice et prêchant sans manquer l'occasion de soulager les pauvres ou de visiter les prisonniers. En 426, Ours, évêque de Troyes, bientôt canonisé, meurt. Les chrétiens de son diocèse réunis en assemblée, élisent alors Loup pour le remplacer. Celui-ci, malgré les devoirs nouveaux de cette lourde charge, ne change rien à sa vie de sacrifices.

En 429, sur l'invitation du pape Célestin, il part en Grande Bretagne avec Saint Germain l'Auxerrois prêcher contre l'hérésie pélagienne. Celle-ci privilégiait les mérites de l'être humain pour accéder au salut au détriment de la grâce divine jugée non indispensable. Par ses miracles et ses paroles, il ramène la plupart des personnes qu'il rencontre au bercail. Revenu à Troyes, il fonde le monastère de Saint-Martin-ès-Aires ainsi qu'une école pour former des prêtres et des disciples. Plusieurs d'entre eux compteront parmi les plus illustres évêques de leur temps. Loup dirigeait son diocèse "avec les rênes d'une sainteté attentive".

En 451, Attila, à la tête d'une coalition de Huns mongoles et de Germains, sema l'épouvante en détruisant et massacrant villes et campagnes. Pour protéger Troyes, Loup décide, au risque de sa vie, de rencontrer le chef barbare qui s'apprêtait à tout y tuer et raser. Impressionné par la prestance du saint évêque, Attila épargne Troyes, mais emmène Loup en otage jusqu'au Rhin pour protéger sa retraite. Soupçonné à son retour d'intelligence avec les Huns, il se retire deux ans sur le Mont Lassois, à quinze lieues au sud de Troyes, puis à Mâcon. Là, il obtient du roi des Alamans la libération de tous les captifs qu'il détenait. De retour à Troyes en 453, Saint Loup répare les dommages spirituels et matériels que l'armée d'Attila avait tout de même causés à la population de son diocèse.

Huit ans avant son décès en 479, au terme d'une vie de près d'un siècle, l'évêque de Clermont, Saint Sidoine Apollinaire, lui fit cet éloge : « Vous êtes le père des pères, l'évêque des évêques, ... Vos collègues, quand ils sont rassemblés, obtempèrent à ce que vous avez proposé et tremblent devant votre censure. Face à votre gravité, même ceux qui sont âgés ont le sentiment d'être enfants. Après vous être exercé dans les rudes exercices de la milice de Lérins et avoir passé neuf lustres sur le siège apostolique, l'armée spirituelle des saints de l'un et de l'autre ordre vous vénère comme l'un de ses chefs spirituels les plus renommés. »

 

Cette renommée est si forte que, cent après, en 579, les trois fils de Clovis jusqu'alors en guerre, Gontran, Sigebert et Chilpéric, se réconcilièrent sur la tombe de Saint Loup. Gardée intacte dans la cathédrale de Troyes pendant mille trois cents ans, cette sépulture sera profanée sous la Terreur en janvier 1794. Les ossements seront brûlés dans la sacristie à l'exception du quelques fragments soustraits clandestinement à la destruction fanatique par de courageux chrétiens. Bien des villages portent le nom de Saint Loup ou Saint Leu. Ce personnage de légende véridique est placé au cœur des racines chrétiennes de la France.

Martyrologe Romain : À Troyes, vers 478, saint Loup, évêque. Avec saint Germain d’Auxerre, il se rendit en Grande-Bretagne pour y combattre l’hérésie pélagienne; par sa prière, il défendit sa ville de la fureur d’Attila et, après cinquante-deux ans de ministère épiscopal, il s’endormit dans le Seigneur.

 



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